*J'ai l'impression que je perds la vie, ma vie. J'ai l'impression que je les perds, eux.*
Plus le temps avance et plus je me sens vide.
Je les aime, mais je ne sais pas s'ils le savent. Je ne veux pas que l'on croit et pire, qu'ils croient, que je les oublie. Ce serait tellement faux ! Je ne passe pas une heure sans penser à eux. Ils sont ma force, mais aussi ma faiblesse. Plus le temps passe, et plus j'ai l'impression qu'ils ne m'aiment plus, ou du moins plus comme avant, plus autant qu'avant. J'ai peur qu'ils me rejettent, parce que j'ai des études qui font que. J'ai peur qu'ils m'oublient. J'ai peur de ne plus faire partie de leur vie. Alors j'ai peur qu'on se sépare. J'ai peur de ne pas être assez à leurs côtés. J'ai bien peur de ne plus les intéresser. J'ai peur de ne plus les faire rire. J'ai peur de ne plus partager des moments magiques avec eux. Tout ça pour ça. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Je l'ignore pour le moment. Réponse fin juin, ou début juillet ou août ou même septembre pendant qu'on y est. Puisque nous sommes là pour subir...
Ils sont ma force car je veux me battre pour leur prouver que je peux y arriver.
Ils sont ma faiblesse parce que je les aime trop et c'est tellement dur d'avoir la sensation de tout perdre. De les perdre. Et quand je pense à eux, j'ai du mal à contenir mon émotion, ou plutôt toutes mes émotions, qui se mélangent, s'amplifient et me submergent. J'ai du mal à ne pas craquer. Alors oui tous les jours, je fais semblant. Je fais semblant d'aller bien. Mais la vérité c'est que ça ne va pas. La vérité c'est que j'en ai gros sur la patate...
Et alors on me dit de résister. Oui, mais c'est pas si facile. Je veux pouvoir réussir. Alors il faut que je me donne les moyens. Je n'ai qu'à passer mes 20 prochaines nuits à apprendre bêtement, mais ça ne rentrera pas. Ma mémoire interne est tellement polluée par des futilités, qu'elle sature et j'arrive pas à retenir tout ce que je devrais retenir.
J'aimerais revenir à l'époque du lycée. La vie me paraissait plus simple. On était tous ensemble, on passait nos journées ensemble. On était plus soudés que les poteaux de la Tour Eiffel. Et si c'était ça le bonheur ? Alors ça voudrait dire que tout serait fini, que tout se serait envolé avec les années. J'ai envie de me refuser à croire ça. J'ai envie de prouver à la Terre entière qu'on s'aime toujours et qu'on sera ensemble toute la vie, quoiqu'il arrive. Parce que c'est peut-être ça l'amitié. Et j'ai envie de réussir, pour me dire que je n'ai pas sacrifié une année de vie sociale pour rien, pour me dire que je n'ai pas perdu deux ans pour rien, pour me dire que je n'ai pas gâché une précieuse année de ma jeunesse pour rien, pour ne pas me dire que je suis restée seule pour rien, pour me dire que je n'ai pas à nouveau échoué.
Je ne sais pas si je pourrais me remettre d'un nouvel échec.
Mais ce qui est sûr, c'est que je ne pourrais pas me remettre de les avoir tous perdu un par un.
Le 9 mai, si tout va bien, on sortira. Et non, on ne rattrapera pas le temps perdu, car « tout le temps qui passe, ne se rattrape guère ; tout le temps perdu, ne se rattrape plus... », mais on se retrouvera, et j'espère que tout reviendra comme avant. Ou peut-être pas non, rien n'est jamais comme avant, alors ce sera en mieux. On fera du shopping, du sport, des soirées, bref ce sera l'éclate totale et on partira en vacances...
En attendant j'ai peur oui,
De tout, aussi,
Mais de les perdre ou d'échouer encore plus, surtout...
J'ai l'impression d'être comme une protéine qui a trop chauffé : dénaturée. Sans eux je ne suis plus la même. Finalement, c'est peut-être d'eux que j'ai besoin pour retrouver la mémoire...